Il y a 2 semaines : à 20h57 je laissais ma fille de 6 ans étendue de tout son long sur son lit, restant encore sous le charme de ce petit être abandonné à son sommeil (quiconque est un témoin familier de l'endormissement des enfants doit comprendre de quelle émotion je parle). Moins d'une minute plus tard, comme si j'avais simplement changé de chambre dans mon appartement, je me retrouvais dans le cinéma le plus cosy de Genève, le Spoutnik, un vrai petit bijou.

Dès les premières minutes du film, comme je l'ai dit à maaa qui m'avait à l'origine conseillé ce film, j'ai compris où Old Joy allait m'emmener. Dans un voyage initiatique au cœur de l'amitié.

L'amitié avec toutes ses caractéristiques, telles qu'elles colorent ma vie ces derniers mois.

L'amitié à laquelle il est d'abord si difficile de donner du temps. Dans laquelle il faut se laisser aller, parce qu'on est souvent retenu. L'amitié dont la première œuvre est de mettre le monde à distance.

L'amitié qui fait redécouvrir le silence. Celui des routes. De la musique partagée. Des instants où, paradoxalement, la présence d'un être cher aide à se retrouver, se recentrer.

L'amitié qui fait redécouvrir la joie du jeu, du divertissement, du rire, de l'ivresse et du n'importe quoi. Qui laisse tomber les apparences et retrouver l'être trivial (voire crétin, pour rester poli) qu'on camoufle parfois sous d'innombrables couches de sérieux et de peurs.

L'amitié qui mène à des moments indicibles, à des paroles aux profondeurs immenses. A des prises de conscience, au droit de réinventer sa vie. A des rencontres authentiques dans une intimité qui confine au spirituel. Et finalement, comme le dit Will Oldham l'acteur dans son monologue crucial, à cette tristesse qui n'en est pas une, qui n'est qu'une reconnaissance du fait que la félicité qui vient d'être éprouvée est derrière soi.

Il y a tout ça dans Old Joy, dans à peine plus d'une heure de film.

A mes quatre frères, qui m'ont été donnés après que j'ai perdu le mien.