vendredi 5 septembre 2008
Le baiser
L'automne qui s'installe dans ma ville me rappelle que vient la saison où il est bon de s'embrasser dans les rues. J'ai des images et des sensations très précises qui me viennent.
On quitte un boulevard bruyant, s'avançant entre deux rangées d'immeubles qui nous isolent du vacarme citadin. Dans ce vide sonore soudain, j'enserre ta taille, juste assez fort pour que tu saches que je te retiens, tout en laissant entre nous ce mince filet d'air chaud où se mêlent nos parfums. Il y a ce regard. Toi, ton sourire tranquille, le grain de ta peau survolant le fond gris des façades. Dans l'étincelle des nos pupilles brille ce que nous sommes l'un pour l'autre. On se reconnaît. Cela n'arrive pas si souvent, il y a tellement de ces moments où l'on sent que l'on est seul. Mais à cet instant précis se révèle notre attachement l'un à l'autre. Alors apparaît cette force qui attire ; l'amour, le désir. Je prends ta bouche dans la mienne, inspire ton souffle chaud, le baiser naît, prend vie entre nos deux êtres scellés par la pulpe de nos lèvres. Tu guides mes mains sur ton corps, elles s'attardent dans le creux de tes hanches, sont surprises par l'univers qui s'ouvre sous mes phalanges. J'ai encore plus faim de toi, te serre plus fort, réalisant ce que c'est que de t'avoir, que tu sois là, que tu sois mienne. Me prend le vertige de ta part d'inconnu, de ce que je vais encore découvrir de toi, après ne t'avoir vue que peu de temps sous la lumière de notre intimité. Mes bras s'enroulent autour de toi, entre l'étreinte et la caresse, nos bouches s'agitent, tu m'offres un peu de ta langue, tu donnes et tu retiens, je prends et je laisse, ainsi commence la respiration de l'amour, ressac qui réveille une autre faim, celle de nos sexes. Mon entrejambe se contracte, se durcit, se tend vers toi. Je retiens le mouvement qui pousse mon bassin en avant, et pourtant, mes hanches s'avancent vers toi inexorablement. A la rencontre de ton abdomen, je devine aussi ce qui se trame chez toi, la chaleur qui envahit ton ventre. Ton désir est intérieur, mais puissant. A la façon de bouger, de te frotter à moi, je vois que tu voudrais m'aspirer, que je vienne plus près de toi, en toi. Je sens que tu fonds, je sais qu'entre tes jambes qui s'agitent, entre tes lèvres closes et secrètes, le désir fait naître une source chaude et salée.
Quand le rythme de la respiration redescend, je me rends compte que mes yeux se sont fermés. Je retrouve progressivement le gris de la ville qui est devenu lumineux, éblouissant. Le temps a passé sans qu'on s'en aperçoive. Tu tiens mes mains fort dans les tiennes. Tu caresses mes tempes, m'embrasses encore sur les joues, sur la surface de ma bouche, tu te loves dans mes bras et contre mon torse, frottes encore ton visage dans le creux de mon épaule, comme s'il fallait que l'on se réveille après avoir rêvé profondément. Nos sourires et nos regards sont complices, ils n'ont rien besoin de dire, ils disent que l'on s'est déjà tout dit.
Une fois les esprits retrouvés, la marche reprend comme une danse dans les courants d'air qui passent de rue en rue, et les couleurs bien qu'embuées par l'imminence de l'hiver s'éveillent, tournent et volent derrière ton visage qui sourit quand je ne te dis pas que je t'aime.