Frisson

Juste poser les mots qui me traversent l'esprit. Et voir la tête qu'ils ont, à l'écran. Un mélange de tranches de vie et de tentatives littéraires.

jeudi 25 octobre 2007

La musique et moi

Ce soir, Brad Mehldau à la Chaux-de-Fonds, avec un couple d’amis. D’abord le trajet en train, seul, avec le dernier Tord Gustavsen Trio dans les oreilles. Le paysage vert gris défile, je ne me rappelais plus de cette impression de vitesse, la locomotive dégage une puissance prodigieuse.

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Sur mes genoux, Se Perdre, d’Annie Ernaux, je n’arrive pas à le finir. Non pas que je le trouve ennuyeux, au contraire ; dans chacune des dernières pages, je tombe sur une phrase qui m’arrête, alors je referme le livre et je retourne les mots dans ma tête jusqu’à me les approprier. Je n’avance pas.

Je tourne quand même la dernière page du livre en arrivant à la
Chaux-de-Fonds. Direction l’Heure bleue, un petit bijou de théâtre. Retrouvailles, chaleur humaine (après un froid inhumain). Mes amis sont adorables. Brad est à une table de la brasserie, ça fait toujours bizarre de se retrouver face à une personne qui est la source d’une musique devenue intime, après des heures d’écoute. On a envie de dire, je vous connais, et vous me connaissez. Mais on n’a pas le droit de prendre ce genre de raccourcis.

Le concert commence. Vue sur les mains de l’artiste, depuis le poulailler, quatrième étage. Tout de suite des frissons parcourent mon épiderme depuis mes jambes jusqu’à la base de mes oreilles.

Il y a le piano. Il y a moi. Et entre les deux, suspendue dans l’air, la musique. Une chose vibrante,  matérielle. Parfois un peu distante, parfois enveloppante. A un moment donné, j’enroule mes bras autour de ma tête. La musique agit comme une caresse. C’est exactement ça. Je me recroqueville, et la musique vient m’offrir sa tendresse. La musique, ma mère.

J’ai déjà vécu ça cette semaine. En écoutant Protection, de Massive Attack. Je me réfugie dans la douce voix de femme. Elle me souffle des mots si doux. Je ne suis plus qu’un enfant.


She's a girl and you're a boy
Sometimes you look so small, look so small
You've got a baby of your own
When your baby's gone, she'll be the one
To catch you when you fall


J’ai eu honte de cette relation avec la musique. Cette sphère qui m’entoure et qui me protège, pour un instant. J’ai eu honte de n’avoir trouvé qu’ici un endroit où me poser. J’ai eu honte de n’avoir comme épaule où me reposer que cette succession de phénomènes acoustiques. Un disque que des milliers de gens écoutent, si impersonnel. Et qui m’apporte pourtant cette sécurité et cette affection qui me font cruellement défaut.

Je me demande si un jour ça s’arrête. Si un jour on peut se poser, pour de vrai. Si un jour, on met le pied sur une terre qui ne se dérobe pas.

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mardi 23 octobre 2007

Tout à fait ça

Pour moi, l'automne n'a jamais été une saison triste. Les feuilles mortes et les jours de plus en plus courts ne m'ont jamais évoqué la fin de quelque chose mais plutôt une attente de l'avenir. Il y a de l'électricité dans l'air, à Paris, les soirs d'octobre à l'heure où la nuit tombe. Même quand il pleut. Je n'ai pas le cafard à cette heure-là, ni le sentiment de la fuite du temps. J'ai l'impression que tout est possible. L'année commence en octobre.

Patrick Modiano, Dans le café de la jeunesse perdue.

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vendredi 19 octobre 2007

PJ Harvey encore et toujours

Parce que chez elle l’amour est désespéré et qu’il faudrait même en avoir honte. Parce que les amis sont comme des frères qui comptent par-dessus tout. Parce que parfois c’est sale et obscène, douloureux et excessif. Parce que ça sent la bière et la dernière ivresse. Parce qu’il FAUT aller jusqu’au bout pour trouver le sublime. Jusque tout au fond. Parce que c’est toujours mystérieux et spirituel. Parce que c'est gorgé de désir. Parce que la musique en est la cause. Parce que ma vie ressemble furieusement à ça en ce moment.

 

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mardi 16 octobre 2007

Il y a de l'amour dans l'air

Ce matin la boulangère avait de jolies traces de farine sur les fesses.
Et le boulanger, un drôle de petit sourire au coin des lèvres.

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dimanche 14 octobre 2007

Retenir

Il y a de ces journées qui sont si belles que tu voudrais qu'elles ne s'arrêtent jamais, alors tu trouves tous les prétextes pour éteindre la lumière le plus tard possible, le temps de trouver le moyen de transformer les instants présents en souvenirs encore tout chauds dans lesquels tu pourras puiser pendant des décennies (au moins).

Posté par ayamenigga à 05:29 - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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