mercredi 4 juillet 2007
Les maux des autres
De Belle du Seigneur d'Albert Cohen, que j'ai terminé le mois passé, je retiens l'écriture virtuose, les envolées lyriques, les mots qui fusent comme des lames. Mais face à l'histoire de la passion elle-même, j'avoue être resté extérieur. Du mal à m'identifier aux extrémités masochistes atteintes par les figures du roman. Souvent, au cours de la lecture, les solutions à leur mal-être me semblaient si évidentes, je quittais alors des yeux la psychologie propre aux personnages et semblais deviner en toile de fond la volonté de l'auteur lui-même, son plaisir sadique devant ses créatures s'empêtrant dans la souffrance. On ne prend vraiment plaisir à voir s'animer des marionnettes que si les fils qui les guident sont parfaitement invisibles.
Je suis beaucoup plus atteint par Se perdre, d'Annie Ernaux, que je lis en ce moment. Le trio amour, mort, écriture, il me semble le connaître si bien, mais je ne l'avais jamais nommé. Je me rappelle ces nuits passées à désirer que la mort m'emporte, à défaut d'avoir le droit de la chercher. Et ces mots assemblés, dans mon esprit, meublant le vide des plafonds endormis. Je n'ai jamais tenu de journal, mais pour moi la rédaction intérieure est un véritable acte d'écriture : elle laisse des traces, un cheminement de pensée, même si elle finit par se tordre dans la mémoire défaillante.
Un nombre impressionnant de phrases d'Annie Ernaux que je peux prendre pour moi sans en changer un iota. Enfin, que j'aurais pu prendre. Parce que ce trio mortel, j'ai l'impression de l'avoir surmonté, ces derniers jours. Je crois que j'ai changé. Mais je ne suis pas sûr, j'ai trop souvent l'impression de ne plus être le même qu'hier. Seule l'épreuve du temps...
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