mardi 10 avril 2007
Arrêt
Sur les pierres, tout en continuant de marcher sous les arbres immenses, j'ai commencé à lire les inscriptions, ce que je n'avais jamais fait je crois. Je ne me souviens d'ailleurs plus de la dernière fois que j'avais parcouru les allées d'un cimetière. Des mots touchants, à papa et maman, vous étiez la bonté même, ou tendrement, toujours dans mon souvenir. La mort est partout autour, et pourtant, la mort est légère, elle n'est plus vêtue que de la soie fragile et translucide des bons souvenirs.
J'ai rejoint le petit groupe de personnes assemblées au bout de l'allée et attendu que ma collègue soit seule pour aller l'embrasser. Le moment était si serein, si doux, j'ai senti sa joue chaude contre la mienne, réconfort des vivants, avant d'échanger des sourires silencieux. Je redoutais la cérémonie parce que les dernières auxquelles j'avais assisté furent catastrophiques, tant les hommes d'église s'étaient montrés à côté de la plaque. Une musique et des discours froids, impersonnels, déprimants. Mais ce matin, la famille avait décidé de ne passer que des musiques chères à la personne décédée, et de lire seulement deux textes en sa mémoire. Des frissons m'ont parcouru l'échine quand j'ai entendu les mots lus en espagnol et les vieilles mélodies madrilènes, une ambiance me rappelant celle de certains films d'Almodovar. Aussi à cause des personnes composant l'assistance, de leurs visages dignes, de leurs traits marqués et de la tendresse mesurée de leurs gestes.
En sortant, le soleil et un souffle tiède remplissaient l'espace, le rendaient accueillant et confortable. Sur le chemin du retour, longeant les rives de la rivière tranquille, j'avais le sentiment de revenir d'un long voyage.
Commentaires
Ce sera à tous notre dernier voyage, alors autant qu'il se passe dans le respect et la dignité.
Chaque enterrement nous fait reprendre conscience de la fragilité de notre vie, et nous fait l'apprécier davantage.
Ben mon Frisson, j'espère que cet "arrêt" sur image n'est pas le signe d'un "arrêt" de ton blog...
snif
(très joli texte en tout cas, tout en sobriété et en souvenirs qu'il ravive.)
bah
Frisson parcouru de frissons, ça me donne la chair de poule....
C'est joli comme tu racontes
CarrieB > Oui, mais je trouve trop rares ceux qui arrivent à donner du sens.
MissTortue > Merci... J'ai trois textes prêts à être publiés : un limite euphorique, un plutôt sombre et un d'adieu (au blog, hein). Alors je prends mon temps.
Sardine > De la chair de poule sur une peau d'écailles... j'aimerais voir ça. Et merci...
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