dimanche 8 avril 2007
Entre deux eaux
Une vive panique, une angoisse sourde, quand je n'ai pas réussi à rassembler mes pensées dans la naissance du jour aperçue au fond d'un appartement ravagé, j'avais eu tellement de plaisir à voir ces visages, à entendre ces voix, ces rires, à entendre des tas de choses drôles et tendres, le sentiment d'avoir été invité auprès de personnes très belles (rassemblées en l'honneur d'une très belle personne) sans que j'aie rien fait pour le mériter, bien au contraire, alors quand j'ai vu l'aube se lever sur cette si précieuse nuit, c'était comme un regret de ne pas plus appartenir à ce monde que ça ; cette fois-ci j'étais même désespéré de voir revenir une autre journée.
Après deux petites heures de "récupération" je l'ai retrouvée, toute ma petite vie, et je me demandais sérieusement comment j'allais pouvoir gérer les événements, cassé comme j'étais, et tellement à mille lieues de mon univers. On a commencé doucement dans l'air du lac, le sable que les enfants aiment toujours autant entasser dans des seaux pour construire des forteresses croulantes ; le cri des canards et les déchirements des vagues sur la plage. Après trois heures de plein air et des visages rosis par une brume aveuglante, mon petit homme a investi le large terrain devant mon chez-moi pour y dénicher des asticots, je lui avais promis de l'emmener à la pêche et une promesse ne s'oublie jamais, principe de base. Non pas que je sois un expert en la matière mais en l'occurrence c'était moi qui détenais le savoir après avoir passé 45 minutes dans une boutique spécialisée à me faire expliquer le maniement du moulinet, la technique du bouchon et l'art de lancer la ligne - j'avais plutôt bien accueilli sa demande d'une canne à pêche pour son cadeau d'anniversaire, toujours mieux qu'une playstation, je m'étais dit (naïf, jusqu'au jour où il faut y aller).
J'ai ainsi pu découvrir à loisir le spectre étonnant de ma toute nouvelle voix de pochtron (genre GéraaââArd de Coluche), moi qui d'habitude aime utiliser mon timbre le plus doux pour m'adresser à ma progéniture, j'oscillais entre suraigus et basses vibrantes dans ma première expérience de moniteur de chasse au poisson "Nan mais lève ta canne fais gaffe à ta ligne non pas comme çaaaaâa 'tention pu'perlipopette tu tiens vraiment à te faire un piercing au hameçon ?", deux garçons maladroits aux prises avec une perche de 2m70 devant un public de filles hilares, épique.
(...)
Le soir venu, j'y étais bien retourné, dans ma réalité, quand je retrouvais la tendresse familière de petits bras enserrant mon cou, les sourires de complicité qui ne naissent qu'après avoir vécu une journée comme celle-ci. Et finalement, avant de sombrer pour de vrai, il fallait encore que je l'écrive. Juste avant de voir se fondre dans le silence nocturne les dernières étincelles de la nuit grisante et inconsciente.
Commentaires
dis
tu crois pas qu'on s'accroche à l'amour de nos gremlins pour pas tomber toi ?
en tout cas c'est vrai que le leur est pur comme dit si bien Carrie, et que c'est toujours ça de pris sur le temps qui passe ....
Parfois j'ai l'impression de tout leur donner, mais souvent c'est eux qui me donnent tout. Des moments... ineffables.
(et ma devise est : ce qui est pris est pris)
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